Test grandeur nature au trail Verbier Saint-Bernard

Julien Chorier

Deux mois après une blessure à la cheville contractée lors du Tchimbé Raid, le Trail Verbier Saint-Bernard marquait le début de ma préparation spécifique en vue de l’UTMB. Avec un parcours à la configuration assez proche de ce que je retrouverai fin août, c’était une occasion parfaite pour tester mon état physique ainsi qu’une nouvelle forme d’alimentation. Récit d’une course aboutie sur des sentiers aux panoramas grandioses.

Trail de Verbier Saint-Bernard 2019
© 2019 Photossports / Sylvain Adenot Photography

LA PRÉPARATION

Récupérer d’une entorse n’est jamais chose aisée, surtout lorsque les objectifs approchent. Après avoir privilégié le vélo durant trois semaines, j’ai repris la course à pied début juin. Poussifs au début, mes chronos s’améliorent vite malgré une appréhension persistante en descente. En m’appliquant sur mes mouvements, tout se déroule plutôt bien et je profite même d’un séjour autour du Mont Blanc organisé par Allibert Trekking pour faire une petite cure d’altitude et reprendre mes marques sur ses sentiers que j’ai si souvent foulé. Pendant 4 jours, nous parcourons quotidiennement 40km ; un bon bloc de volume.

Mes dernières séances sont également effectuées à Chamonix, lors du Marathon du Mont Blanc, où je suis venu encourager les copains avant un peu de repos.

Côté matériel, pas de changement fondamental. J’emmène avec moi deux nouveautés : une ceinture Compressport Free Belt Pro UTMB et des lunettes Julbo Aero UTMB. Pour les chaussures, je cours avec les Hoka One One Speedgoat 3 qui, en plus d’un super grip, offrent un maintien et une stabilité essentielle à ma cheville fragilisée (les chaussures de la photo sont les Evo Mafate 2).

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UNE STRATÉGIE BASÉE SUR LA GESTION

Avec 111km à parcourir, on est clairement dans de l’ultra, où la stratégie de course, la gestion et l’alimentation joueront un rôle crucial. Conscient de mes forces et faiblesses (surtout la cheville), j’opte pour un départ prudent sur le premier tiers de course. Malgré un rythme que j’estime assez confortable pour moi, je me retrouve rapidement bien placé. À Orny (km 33), après déjà deux montées « sérieuses », je pointe en 2ème position. Nicolas Pianet est devant avec 15min d’avance. Les jambes répondent bien et les premiers effets de cette nouvelle forme d’alimentation en course avec Baouw semblent porter leur fruit.

À la Fouly (km 50), j’apprends que Nico est tombé dans la descente et qu’il n’a plus que 2 minutes d’avance. Je reviens sur lui dans la longue montée suivante et le dépasse juste avant la frontière italienne, au Col Fenêtre (km 60). A partir de là commence un mano-à-mano amical pendant une vingtaine de kilomètres où chacun profite des atouts de l’autre : il suit ma cadence dans les montées tandis que je fais l’effort pour rester dans ses pas en descente. Chacun relance à son tour, le rythme est soutenu et on avance bien.

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© 2019 Photossports / Emma Gardes

BATAILLE SANS RELÂCHE POUR LA TÊTE DE COURSE

Le ravitaillement de Bourg Saint Pierre (km 77) est un moment-clé de la course. Il reste deux montées. Ma stratégie sera de produire l’effort sur ce terrain qui m’avantage. Au sortir du ravito, Nicolas est resté un peu plus longtemps que moi et je repars en tête sans avoir réellement cherché à le distancer. J’entame la montée vers Mille avec de bonnes sensations. Au train, j’arrive au sommet de cette avant-dernière difficulté avec 7 minutes d’avance. Mais pour être franc, les véritables difficultés du jour étaient plutôt les descentes pour moi ! Aussi, après une « plongée » de 1400 de dénivelé négatif pour rejoindre Lourtier, Nicolas m’a repris 5 minutes… Les 15 derniers kilomètres ne seront pas de tout repos et j’attaque la dernière ascension (1200m de dénivelé sur 5km) en mode « kilomètre vertical ». A partir de ce moment,  j’intègre gels et boisson isotonique pour avoir le maximum d’énergie. Au sommet de la bosse, l’écart est fait, mais il n’y a pas beaucoup de marge. Il reste une ultime descente de 7km vers Verbier. Je plonge vers l’arrivée à un rythme fou. Je lâche les chevaux et me surprend à courir avec des sensations incroyables. Les kilomètres accumulés ne se font plus ressentir. Quel plaisir !

Je franchis la ligne d’arrivée à la tombée de la nuit après 111km de course bouclés en 16h41. Nico est 5min derrière, il n’a rien lâché. La frontale n’aura pas été nécessaire pour cette fin de course, c’est une petite satisfaction 🙂

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© Monica Dalmasso

UN BILAN POSITIF

Le test grandeur nature de cette nouvelle forme d’alimentation est une réussite : aucune baisse d’énergie sur toute la durée de la course. Cela faisait longtemps que je n’avais pu me donner ainsi du début à la fin. Même dans l’intensité élevée du duel avec Nicolas, des descentes en sur-régime et des montées aux allures de KV, j’ai gardé le contrôle. Objectif rempli.

Surtout, j’aurai pris énormément de plaisir dans l’effort tout au long de la course. L’entente avec Nico nous a permis de profiter de nos points forts respectifs pour distancer nos poursuivants et nous assurer les deux premières places. À quelques semaines de l’UTMB®, un tel résultat valide l’entrainement réalisé depuis 10 mois et permet d’identifier les points à améliorer en priorité : la fluidité en descente et la relance sur les parties roulantes.

Maintenant, place à la préparation spécifique de l’été, qui se passera sur 2 roues, mais surtout en altitude, du côté de Val Thorens

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© 2019 Photossports / Mohamed Laib
Voir 11 commentaires
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    Théo Esposito
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    Magnifique récit ! Bravo Julien pour cette superbe performance…
    Et merci de nous faire vivre ta course et l’avant du peloton.

    • Julien Chorier
      Julien Chorier
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      Merci Théo 🙂

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    GERMAIN
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    Bravo Julien, bon UTMB 💪

    • Julien Chorier
      Julien Chorier
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      Merci Cyril 🙂

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    Benoit
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    Bravo Julien , quel palmarès
    Pour l’alimentation , Baouw recommande de prendre 1 barre pour 1 h30 d’effort et juste de l’eau
    Est ce valable pour toi? Complètes tu cela sur les rabiots?
    Merci

    • Julien Chorier
      Julien Chorier
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      Bonjour Benoit,
      Sur les 2/3 de la courses, j’étais plutôt à 1 barre par heure et juste de l’eau en boisson.
      Je n’ai rien pris sur les ravitaillements.

      Bonne journée,
      Julien

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    Patrick
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    Valider un retour de blessure par une victoire… tu mets la barre très haut!
    Bravo Julien!

    • Julien Chorier
      Julien Chorier
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      Merci Patrick 🙂

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    Alexis
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    Sympa de prendre le temps de partager un compte rendu de course avec nous! Magnifique victoire, c’est quand même un trail spécial, avec bcp de dénivelé ! Bonne chance pour l’UTMB, y’aura plus de concurrence pour la première place 😀 😀

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    Ludovic DROUILLY
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    Bravo pour cet belle victoire 🔥 merci de partager ton compte rendu Et de prendre du temps pour les autres 😀
    J ai suivi le live mais pas pour toi 😜 pour mon grand amies jeremie Marin menuisier comme moi qui fini 5e de cet course très technique .
    Du coup je Voulais savoir
    Le gels et les boisson isotonique font un effet immédiat ? Quelle marque ?
    Bonne fin de préparation pour l Utmb 💪🏼
    Merci à toi

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    Jul
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    Salut Julien,
    Tu nous a doublé dans la dernière grimpe, The Wall (je précise pour les lecteurs que plusieurs format passe par là), et tu étais impressionnant de fraîcheur avec un rythme intense après une X-alpine exigeante.
    Tu dis que c’est un profil qui se rapproche de l’UTMB mais je trouve la X-Alpine tellement plus dure, des murs en montée et en descente, un ratio profil/distance rare en Europe. Ton chrono est hallucinant sur un tel format avec des descentes maîtrisées…. énorme bravo !
    Bon UTMB !

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