Le Grand Tour de Tarentaise

Julien Chorier
Trailer depuis maintenant plus de 10 ans, j’ai eu la chance de courir sur les plus grandes courses du monde. Mais en préparant ma saison 2018, je n’arrivais pas à trouver un réel objectif. Après quelques temps de réflexion, l’idée est venue d’elle-même : il fallait que je le crée. 
Et pour cela, je souhaitais expérimenter quelque chose de nouveau qui me ferait sortir de ma zone de confort et découvrir des aspects du trail que je ne connaissais pas encore. Il y a quelques années, j’ai vécu une aventure sur le fameux GR20, en Corse, avec pour objectif de battre un record. Ce challenge a été pour moi le point de départ de ma réflexion, j’étais attiré par une course de plusieurs jours afin de comprendre comment se gérait le sommeil, entre autre. Mais avant tout, je souhaitais réaliser ce projet dans un environnement proche de moi pour pouvoir y associer ma famille, mes amis et partenaires.

C’est ainsi que le projet Grand Tour de Tarentaise a peu à peu pris forme : une boucle de 295km et 20 000m de dénivelé positif partant de Val Thorens le vendredi 27 juillet. « Seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin » aura été le mantra de cette aventure, et je ne m’imaginais pas terminer ce challenge sans être en permanence accompagné par les personnes qui me sont chères. Ainsi, si mon objectif était de « boucler la boucle ». Le chrono, lui, n’était que secondaire, ce qui m’a certainement permis d’apprécier et de prendre du plaisir sur 98% de ce parcours XXL, malgré la fatigue et les aléas du direct.

Après un début de saison plutôt classique, ma préparation avant l’événement s’est basée sur des entrainements intenses que ce soit à pied ou vélo, me permettant de reconnaitre une partie de ce parcours de géant.

Le 27 juillet, le départ était donné à 8h pétantes de Val Thorens. Je m’élançais, entouré d’autres coureurs sans oser imaginer l’ampleur de la tâche qui m’attendait. Subjugué par la beauté des paysages, je me suis même octroyé quelques arrêts pour immortaliser quelques souvenirs dans les premiers kilomètres. Après 50 km de course et un soleil de plomb, un coup de chaud m’a fait ralentir l’allure peu après la station de Valmorel, mais la fraicheur d’un torrent m’a permis de repartir sur une bonne vitesse de croisière. La portion suivante (Valmorel – Bonneval) se révélait être un peu plus compliquée, ne l’ayant pas reconnue, il s’est avéré que le parcours passait par de vieux chemins peu ou pas entretenus, et après de longues minutes à se frayer un passage dans la végétation nous arrivions enfin à notre ravitaillement avant de commencer une autre facette de l’aventure : la nuit.

Ce soir là, la lune rouge de l’éclipse nous accompagnait jusqu’au Cormet d’Arêches. Mes pacers et moi arrivions aux Chapieux au petit matin après plus de 120 km de course. Une rapide sieste, un petit repas et il était déjà temps de repartir en direction du Col du Petit St Bernard. Si le soleil était au rendez-vous lors de la première journée, cette deuxième matinée était beaucoup plus humide – comprenez pluie, brouillard et grêle – mais cela n’entravera en rien ma motivation et ce, même trempé jusqu’aux os ! Quelle surprise en arrivant au ravitaillement de voir que l’équipe d’assistance avait préparé un barbecue ! Idéal pour reprendre des forces et se réchauffer près de la chaleur des braises. Le temps s’est ensuite découvert et la traversée de la Vanoise a été une expérience incroyable ! Si la fatigue se faisait sentir et que les jambes n’étaient plus aussi fraîches qu’au départ, les paysages grandioses m’ont en quelque sorte porté tout au long de mon aventure.

Lors de la deuxième nuit, j’ai même réussi à surprendre l’assistance, assoupie lors du ravitaillement à Val d’Isère. Ceux-là ne m’attendaient pas de si-tôt… Et pourtant ! Les Pacers se sont succédés tout au long de mon parcours, m’apportant chacun à leur manière un support qui m’a aidé à ne jamais flancher. J’ai même eu la surprise de me faire accompagner par un couple de trailers que je ne connaissais pas et qui avaient eu la gentille attention de me porter un petit ravitaillement. Après un morceau de pain et de Beaufort, j’étais prêt à rejoindre le ravitaillement suivant en plein milieu de parc national de la Vanoise en fin de journée. Confiant, je repartais sur la dernière portion de mon parcours après plus de 240 km dans les jambes. À cause d’un glissement de terrain, le passage du dernier col fut plus compliqué que prévu… De trailer, je me transformais en « escaladeur » pour contourner la difficulté, un passage que je n’aurais pas pu surmonter sans mes pacers, il faut dire qu’après 60h d’effort je n’étais plus très lucide…

La fatigue accumulée, les derniers kilomètres furent transformés en une longue marche, mes jambes peinant à courir en ce début de la troisième nuit. Ce n’est qu’au Col de la Chambre que la pente m’attirait (enfin !) vers le centre de Val Thorens. Quel soulagement de savoir que la boucle était enfin (presque) bouclée ! Je passais l’arche d’arrivée sans réellement réaliser l’ampleur de mon aventure, je me sentais juste heureux de retrouver toutes les personnes qui m’avaient suivi lors de cette aventure hors-norme.

Il m’aura fallu 295km et plus de 20 000m D+ pour découvrir une nouvelle façon de se dépasser et de partager ma passion et ma région. J’ai vraiment adoré ce type de challenge et j’aurai certainement de nouveaux projets de ce type dans les années à venir… Mais pour le moment il est temps de se concentrer vers des objectifs plus classiques 😉

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