Une vraie coupure vous fera du bien !

Réflexion partagée avec Jean Claude Banfi, coach en préparation et ami.

Comme d'habitude, un peu de physio pour s'échauffer : Lorsque vous vous entrainez, il se passe des choses au niveau physiologique.

Votre séance ou votre bloc de travail entraîne une certaine fatigue, et la période de récupération qui suit, permet à votre organisme de se régénérer et donc de retrouver son niveau de performance initial voire supérieur. Vous alternez donc des périodes de déstabilisation et des périodes de régénération.

Voyons un peu ce qui se passe au niveau cellulaire et hormonal.

Parlons d'abord de l'inflammation : Les grosses séances en nature, en particulier si elles sont copieusement arrosées de dénivelé négatif, produisent un état inflammatoire. Les fameuses courbatures ne sont rien d'autre que la manifestation de cet état inflammatoire. Si la période de récupération est suffisante et si l'alimentation apporte les nutriments nécessaires, le traileur retrouvera une paire de quadriceps toute neuve, plus solide que l'ancienne. Tout ceci sollicite le système hormonal et les hormones de l'inflammation, celles que l'on fait taire à l'aide d'anti-inflammatoires, fonctionnent à plein régime. Lors de la vie de tous les jours, mais encore plus à l'effort, l'organisme produit des radicaux libres. Ces derniers, moyennement sympathiques, peuvent s'en prendre aux membranes cellulaires et même provoquer leur mort. Heureusement, nous ne sommes pas sans défense. Encore une fois, le système immunitaire va nous permettre de sortir vainqueur de cette lutte interne.

Qu'en est-il de ce système immunitaire ?

L'entraînement intensif et surtout les compétitions ont tendance à diminuer son efficacité. La sphère ORL y est particulièrement sensible. Qui n'a jamais été victime d'un rhume ou d'une bronchite dans les semaines post course ? Bon d'accord, mais le rapport avec une coupure hivernale, là-dedans ?
Et bien, justement, on y vient : Si vous adoptez l'idée d'un organisme en perpétuelle recherche d'équilibre, si vous convenez qu'il est extrêmement difficile de programmer avec justesse les périodes de récupération nécessaires et suffisantes, qu'il est difficile de savoir si le statut alimentaire est optimal, alors la coupure pourrait être le moment de remettre les compteurs à zéro. Un peu comme une jachère agricole permet à une terre qui a été très sollicitée, de refaire le plein en minéraux, une coupure hivernale pourrait vous permettre de digérer votre entraînement annuel et de repartir tout « propre » (au niveau cellulaire) et tout neuf pour de nouvelles aventures ! Et puis, si vous n'êtes pas un adepte de la coupure volontaire alors qu'elle est nécessaire, il n'est pas impossible que la coupure
involontaire (blessure, maladie, explosion en vol, surentraînement, etc.) vous guette au détour d'un chemin.

Et le mental là dedans ?

Si vous lisez ci-contre le témoignage de Julien Chorier, vous conviendrez que l'aspect psychologique semble prépondérant. Le terme coupure prend tout son sens, il semble que Julien s'éloigne volontairement de toutes les contraintes qui font sa vie d'athlète de haut niveau. Cette période de repos mental, ce lâcher-prise permet de se ressourcer et d'entamer une nouvelle saison avec envie.

Doit-on absolument faire une trêve hivernale ?

Premièrement, ça dépend de votre volume d'entraînement. Si vous vous entraînez une fois par semaine, une coupure passera relativement inaperçue ! Puis cela dépend de votre relation avec l'entraînement : Est-ce que vous le vivez comme une contrainte ? Ou du moins, est-ce que certaines fois, l'entraînement en est réellement une? Si oui, vous avez votre réponse ! Est-ce que je dois couper complètement ou garder une activité ? Et si le maitre mot était l'envie ? Faites donc ce que vous avez envie de faire, et faites donc ce que vous n'avez pas le temps de faire habituellement : un petit coup de vélo avec les enfants, un petit coup de raquette à neige ou un petit coup de rien du tout ! Est-ce que je ne vais pas tout perdre ? On considère qu'on commence à perdre en VMA au bout d'une dizaine de jours sans sollicitation (de type VMA). Deux solutions : soit vous gardez une petite séance par semaine, soit vous laissez tomber, en sachant qu'il existe une sorte de mémoire corporelle et qu'il sera « assez facile » de retrouver votre niveau antérieur. Tout ça dépendra donc de la programmation annuelle de la saison à venir, et surtout de votre envie !

Julien est partisan d'une vraie coupure en fin de saison, qu'il place après le dernier objectif de la saison. Typiquement, pour lui, c'est souvent après le Grand Raid de la Réunion.

JCB : Combien de temps ?

JC : Pas de durée réellement définie, mais environ un mois.

JCB : Ce qui veut dire que tu ne fais pas de sport pendant un mois ?

JC : Non, je veux dire que je ne m'entraine pas pendant un mois.

JCB : Tu peux nous expliquer la différence entre sport et entraînement ?

JC : L'entraînement pour moi, c'est quelque chose de structuré. J'ai un plan d'entraînement, je le suis, et ça représente globalement des contraintes. Ma période de coupure, c'est une période sans plan d'entraînement, sans contrainte. Par contre, si des copains profitent d'une chute de neige précoce pour faire une sortie en ski de rando ou en raquettes, je me joins à eux avec plaisir. Je fais donc du sport de temps en temps pendant ma période de coupure, mais je n'ai pas l'impression de m'entraîner : je prends l'air !

JCB : Pascal Blanc disait que dans ces périodes de coupure, les sorties en groupe étaient plus sociales et les sorties nature plus contemplatives. Tu te retrouves dans ces descriptions ?

JC : Plus ou moins, en tout cas, il me semble qu'il s'agit d'une logique identique.

JCB : Les mauvaises langues disent que tu n'étais pas forcément très affuté, lors des cross de début de saison l'an dernier...

JC : On n'a pas droit à un joker dans ces interviews ? Plus sérieusement, la période de coupure est pour moi une période sans contrainte. Cela inclut les contraintes alimentaires. J'ai du mal à conserver mon poids de forme durant la saison, alors quand j'arrête de faire gaffe... je prends quelques kilos.

JCB : Tu es capable de quantifier la perte de performance correspondant à cette période ?

JC : Non, je ne vais quand même pas m'auto flageller en faisant un chrono !

JCB : Combien de temps pour revenir à ton niveau pré coupure ?

JC : 3 ou 4 mois.

JCB : Au niveau du moral, pas trop difficile au moment de la reprise ?

JC : Bizarrement pas trop, je me retrouve confronté à un challenge et j'en retire même une réelle motivation.

JCB : Il semble donc que cette régénération soit autant psychologique que physiologique, non ?

JC : Exactement ! 

  • logo  effinov
  • Hoka one one Logo 2015

  • VT-Bloc marque-gris-H
  • logo  julbo
  • logo compressport
  • Allibert logo 2016